Campagne électorale : les ministres envoyés dans les « zones à risques »

 

La désignation par l’Union pour la République (UPR) de plusieurs ministres à la tête de ces staffs de campagne a divisé les mauritaniens. Arguments et contre-arguments n’ont pas réussi à départager sur ce qui est maintenant un fait. Mais personne ne s’est interrogé sur les raisons de l’envoi de tel ministre dans telle wilaya. On semble penser que les choix sont indifférents, ce qui est pourtant loin d’être le cas.

 

Etre coordinateur de la campagne de l’UPR au Trarza n’est pas comme partir « en villégiature » en Inchiri ou au Tagant, par exemple, où la victoire du parti au pouvoir est donnée pour acquise. Passer quinze jours au Gorgol ou au Brakna a quelque chose de particulier. Le fleuve charrie toute la diversité de la Mauritanie et constitue le vrai baromètre de sa cohésion nationale. Aller au Hodh Chargui est comme partir « en campagne » (guerre).

En temps d’élections, comme en temps de conflit, il y a des « zones o risques ».

 

Le Trarza : le spectre du RFD, l’offensive d’Al Wiam

 

C’est, depuis l’avènement de la démocratie en Mauritanie (1992), la région la plus difficile pour le pouvoir. Pour tous les pouvoirs. Celui de Maaouiya a sans doute dû user – et abuser – du bourrage des urnes pour, non pas vaincre Ahmed Ould Daddah dans son propre fief, mais limiter les dégâts. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’a probablement pas battu son ancien frère d’armes là où il avait réussi à conserver l’essentiel de sa base.

Aujourd’hui, le pouvoir sait que la donne a peu changé et c’est sans doute ce qui l’a poussé à choisir une équipe de choc, capable de mobiliser et d’encadrer les cadres et militants de l’UPR. C’est d’autant plus vrai que le RFD n’est plus le seul « péril » que craint le parti au pouvoir. Il y a également Al Wiam de Boidiel Ould Houmeid, qui a réussi, lors des législatives et municipales de 2013, le tour de force en s’imposant à Rosso (mairie et députés).

Conscient de la difficulté à reconquérir ce bastion de l’opposition, le coordinateur régional, le ministre de l’Equipement et des Transports, Mohamed Abdallahi Ould Oudaa, a, dès les premiers jours, souligné à Sid’Ahmed Ould Bouh, coordinateur départemental de Rosso, la nécessité de donner du tonus à une campagne peu ou prou engagée par les cadres. Et, au cours d’une réunion « état des lieux » organisée à Kiff Rosso, moins de deux heures après le conclave de l’équipe de campagne, Ould Bouh a tracé une stratégie qui s’articule autour des instructions du coordinateur régional, et qui a requis l’assentiment de tous les cadres présents. Le candidat à la mairie, l’ancien ministre Bemba Ould Dramane, l’homme d’affaires Yeslem Ould Lahah, l’ancien DAF de la présidence Diop Moussa, aujourd’hui haut fonctionnaire international, et Brahim Fall, ancien candidat à la députation de l’APP, tentent vaille que vaille d’entrainer, dans leur sillage une cohorte de cadres rendus « orphelins » par le départ de l’ancien président du sénat Mohcen Ould El Haj. Ce groupe de cadre joue un rôle charnière dans le déroulement de la campagne et c’est réellement sur ces acteurs politiques, fins connaisseurs du terrain, que repose en réalité le succès des candidats de l’UPR le 1er septembre prochain.

 

Hodh Chargui : la « fronde »

 

Cheikh Mohamed Ould Cheikh Sidiya, ministre secrétaire général de la présidence depuis quelques mois, est, en réalité, face à des problèmes d’un genre nouveau : « la fronde » consécutive aux choix des candidats. Pour la première fois, cette wilaya réputée « réservoir électoral » pour le pouvoir, peut créer des surprises. Les rivalités entre tendances et les choix du parti au pouvoir ont poussé certains notables et cadres dans les bras de partis satellites de l’UPR. Certes, ce ne sera pas un renforcement pour l’opposition, dans le cas où des partis de la majorité s’emparent de mairies et de fauteuils de députés, mais un grain de sable dans la machine de l’UPR. Aux dernières nouvelles, il y aurait plus de peur que de mal puisque de grands noms de la politique au Hodh auraient décidé de revenir dans le rang.

 

  1. Gorgol : l’UDP toujours aux aguets

 

Au Gorgol, la « mission » du ministre des Pêches et de l’Economie maritime n’est pas des plus aisées, contrairement à ce que pensent bon nombre d’observateurs.

Dans le fief du vice-président de l’Union pour la démocratie et le progrès (UDP), Sangott Ousmane, la formation de la ministre Naha Mint Hamdi Ould Mouknass a toujours réussi à bousculer les certitudes du parti au pouvoir, notamment à M’Bout, où l’arrivée du député Dane Ould Ethmane, en rupture avec Al Wiam, devrait renforcer les rangs de l’UDP et lui permettre de conserver la mise. On sait cependant qu’Ould Chrougha, rompu aux négociations dans le domaine de la pêche, avec l’UE et le voisin Sénégalais, a des atouts certains pour assurer à l’UPR le maintien de son leadership dans cette région du fleuve. Car, en dehors de M’Bout, on ne voit pas comment l’UDP peut vraiment contrarier le passage en force de l’UPR.

 

  1. Nouadhibou : la « menace » Al Ghassem

 

Dans la capitale économique, le sieur Al Ghassem Ould Bellali, ancien maire de Nouadhibou, et député, par la force des choses, n’a jamais été battu à la régulière par le parti au pouvoir, affirment ses sympathisants. L’homme dispose, réellement, d’une bonne base populaire et passe pour le seul maire à avoir « fait quelque chose » pour la ville dont les ressources naturelles (poisson) comptent pour beaucoup dans le PIB de la Mauritanie.

Pour faire face à la menace d’Al Karama, au nom de laquelle Al Ghassem se présente comme maire-député, l’UPR a choisi d’envoyer au charbon Sidi Ould Salem, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Un homme dont le pragmatisme a fait du ministère de l’enseignement supérieur ce qu’il est aujourd’hui mais qui doit manœuvrer dans une ville (Nouadhibou) qui compte tous les antagonismes d’une capitale économique. Il ne faut pas aussi oublier des outsiders comme l’Alliance populaire progressiste (APP), l’AJD/MR et, surtout, l’UDP dont la présidente est native de cette wilaya.

 

  1. Nouakchott : une « guerre des tranchées »

 

Nouakchott constitue la « mère des batailles » quand on sait que, depuis toujours, la capitale est l’une des citadelles de l’opposition. Certes, depuis les dernières élections (2013), elle est entre les mains de l’UPR (à travers la Communauté urbaine) et la plus importante des communes de Nouakchott (Tevragh-Zeina), mais le retour dans la compétition de l’opposition dite radicale n’arrange pas les affaires de l’UPR. Surtout que tous les partis politiques (une centaine) engagés dans cette bataille électorale à valeur de survie (l’exigence du 1% des voix) vont chasser sur les platebandes des formations à potentiel électoral élevé, aux premiers desquels se trouvent l’UPR, l’APP, le RFD, l’UDP, l’UFP, Al Wiam, l’AJD/MR, Adil, le PRDR…

Pour sortir du bourbier de Nouakchott, l’UPR compte sur le président Aziz (présent lors de son meeting d’ouverture), qui a tancé les « renégats » partis se présenter sur d’autres listes de la majorité. Elle a aussi retenu, auprès de son président Sidi Mohamed Ould Maham, deux jeunes ministres (Moctar Ould Diay et Mohamed Ould Abdel Vettah) de la même trempe que ceux envoyés guerroyer au Trarza, au Gorgol, au Hodh Chargui et à Nouadhibou.

 

SNEIBA Mohamed  et Sid’Mhamed Ould M’haymed