Bric-à-brac à l’Exécutif et au bout… un boulevard vers la Présidence pour Ghazwani

Ça y est, le scénario dont le dernier acte sera posé en 2019, s’écrit déjà. Un mini-remaniement, qui ressemble fort bien à une mission de la dernière heure confiée à un commando rafistolé de toutes parts, avec des commandants qui changent de poste et d’autres qui attendent d’improbables redéploiements vers d’autres champs de bataille.

Aziz et Ghazwani

La prochaine présidentielle se prépare activement, avec  le désormais ex-général Ghazwani, promu Ministre de la défense, mais véritable Chef des Armées, auquel on ouvre un souverain boulevard vers les jardins de la Présidence de la République, sous la baguette magique du maestro Mohamed Ould Abdel Aziz. L’homme confie ainsi son destin et celui de sa postérité à un proche du sérail qui a l’avantage de n’avoir de problème avec personne.

Le scénario pré-2019

Longtemps soldat effacé des évènements qui ont marqué l’histoire du pays depuis l’avènement des généraux en 2005 après la chute de Ould Taya, jusqu’à la destitution manu militari de Sidi Ould Cheikh Abdallahi le 6 août 2008, le général Ould Ghazwani a toujours été cet ami fidèle du président Aziz, celui qui lui garda intact son fauteuil pendant sa longue convalescence en France en octobre 2012, suite à la fameuse balle de «Tweïla». Depuis, il est resté loin des sphères de la politique politicienne et ses batailles intestines, loin des flashs de l’actualité nauséeuse et ces scandales à répétition qui en ont éclaboussé plus d’un.

Sous ses oripeaux de frais retraité, Ghazwani semble être prêt pour endosser le rôle que plusieurs observateurs lui avaient déjà fait enfiler. Le fameux dauphin de Mohamed Abdel Aziz, c’est sans doute lui. Sa première nomination à un poste civil, et pas des moindre, la gestion des affaires de l’armée et de la sécurité et celle du G5 Sahel, le préparent ainsi à prendre la relève d’un aspect les plus importants de la géopolitique dans la région, levant ainsi l’inquiétude des partenaires occidentaux, notamment la France et les Etats-Unis, quant à la succession de Mohamed Abdel Aziz et l’inextricable question de la sécurité au Sahel.

Sur le plan interne, Ghazwani ne compte que peu ou prou de contestataires au sein de l’opposition, beaucoup le croient proche des Islamistes. Personne ne lui connaît d’ennemis au sein des opposants les plus radicaux, ni au sein de l’actuelle majorité présidentielle où il est resté loin des clans formés en son sein par des généraux.

Un gouvernement de transis

Cette première lecture sur le premier gouvernement post-électoral de septembre 2018, occulte ainsi tous les autres petits rafistolages infestés du relent du déjà-vu. Le choix du Premier Ministre, Mohamed Salem Ould Béchir, pur produit du Hodh Gharbi, serait une gifle adressée aux gens du Hodh Charghi, jusque-là usine à produire des PM, mais qui avaient, à certains endroits, mené des mini-rebellions contre l’UPR lors des dernières élections. Mais dans un système où tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains d’un seul homme, le président Mohamed Abdel Aziz, il serait fort probable que le PM n’ait même pas été consulté pour la constitution de l’actuel gouvernement.

Mohamed Abdel Aziz et son nouveau PM Mohamed Salem Béchir (Crédit ami)

Parmi les faits marquants de ce mini-séisme à peine déchiffrable, le départ de Mohamed Lemine Ould Cheikh et son remplacement par Sidi Mohamed Ould Maham, comme porte-parole du gouvernement. Par cette nomination et le maintien de Moctar Ould Diay comme Ministre des Finances, Aziz démontre qu’il fait peu cas de l’avis populaire. Ould Maham avait fait une digression qui lui avait attiré la foudre de quelques pseudos gardiens du temple religieux, lorsqu’il attribua certains attributs divins à Mohamed Abdel Aziz à Boutilimit. Ce qui lui valut une courte éclipse avant de revenir au-devant de la scène.

La poule aux œufs d’or

Mais ceux qui comptaient sur le départ de Moctar Ould Diay semblent oublier que Mohamed Abdel Aziz ne tue pas une poule aux œufs d’or. Or Ould Diay n’a pas de scrupules quand il faut renflouer les caisses de l’Etat, même s’il faut passer sur le corps rabougri et chétif du contribuable le plus misérable, ce qui explique son impopularité, mais en même temps la croissance exponentielle de l’estime que lui voue Ould Abdel Aziz.

Par contre, peu de personnes regrettent le départ de Diallo Amadou Bathia, ce civil porté à la tête d’un département de la Défense où il servait de décor, tant sa parole était peu audible face à celle des puissants généraux qui l’entouraient.  Il se contentait de présider certaines cérémonies protocolaires de sorties de promotions. Son départ dégarnit cependant le quota sensé revenir aux négro-africains amateurs de dosage ethnique. Autre départ remarqué, celui de Vatma Mint Soueina, la prof d’Anglais renvoyée à ces chères études. Le département de l’Elevage qu’elle dirigeait a été absorbé par sa collègue de l’Agriculture, Lemina Mint Moma, pour former un nouveau département, celui du Développement Rural qui a subi on ne sait combien de mutations.

«Khashoggsisation»

Autre fait saillant, la «Khashoggsisation» du Ministère de l’Emploi, de la Formation Professionnelle et des Ntics. Chacun des morceaux de ce pauvre ministère s’est fait enterrer dans un département, l’Emploi à la Fonction Public, la Formation Professionnelle à l’Education Nationale et les Ntics à l’Enseignement Supérieur.  La dérision, c’est tout ce que ce remaniement mérite, car il ne s’agit ni plus ni moins que des noms et des corps qui meublent des départements sans aucune prétention d’en changer le cours.

Cheikh Aïdara