Il est des hommes que l’histoire ne place pas toujours au premier plan, mais dont l’ombre portée épouse les lignes les plus décisives du pouvoir. Moctar Ould Diay appartient à cette catégorie rare : celle des architectes économiques, des stratèges de la continuité, des techniciens du réel dont l’influence, patiente et profonde, irrigue les structures mêmes de l’État. Dans la Mauritanie contemporaine, marquée par la quête d’équilibre entre stabilité politique et modernisation économique, son nom s’est imposé comme synonyme de rigueur et d’efficacité.
Né dans une Mauritanie encore travaillée par les héritages du désert et les exigences de la modernité administrative, Moctar Ould Diay a très tôt compris que le pouvoir véritable ne réside pas dans la parole spectaculaire mais dans la maîtrise des mécanismes. Sa formation, tournée vers les sciences économiques et la gestion publique, l’a conduit à privilégier les chiffres sur les slogans, les équilibres budgétaires sur les effets d’annonce. Cette inclination première explique en grande partie la cohérence de son parcours : un homme d’État façonné par la discipline financière, convaincu que la souveraineté nationale passe d’abord par la solidité des comptes publics.
Son ascension dans l’appareil étatique ne fut ni bruyante ni improvisée. Elle épousa la logique d’un apprentissage méthodique. Conseiller, technicien, gestionnaire, ministre, puis Premier ministre, il gravit les échelons avec une constance qui témoigne moins d’une ambition effrénée que d’une aptitude reconnue à résoudre les problèmes concrets. À la tête de départements stratégiques, il s’illustra par une approche pragmatique : rationalisation des dépenses, meilleure coordination interministerielle, recherche de financements extérieurs sans renoncer aux impératifs de souveraineté.
C’est dans la sphère économique que son empreinte apparaît la plus nette. Dans un pays dépendant des revenus miniers, halieutiques et, de plus en plus, énergétiques, la gestion des ressources constitue un exercice d’équilibriste. Moctar Ould Diay a compris que l’enjeu ne résidait pas seulement dans l’exploitation, mais dans la transformation de ces richesses en leviers de développement durable. Sous son impulsion, la planification budgétaire a gagné en prévisibilité ; les procédures de contrôle se sont renforcées ; la relation avec les partenaires internationaux s’est inscrite dans un cadre plus structuré.
Articuler orthodoxie financière et impératif social
L’une de ses réussites majeures réside dans sa capacité à articuler orthodoxie financière et impératif social. Dans une Mauritanie confrontée aux défis de la pauvreté, de l’inclusion et de la cohésion nationale, il ne suffisait pas de stabiliser les indicateurs macroéconomiques : il fallait leur donner un sens humain. Ainsi, la gestion des subventions, la réorientation de certaines dépenses vers les secteurs prioritaires – santé, éducation, infrastructures – ont contribué à inscrire l’action économique dans une perspective plus équitable.
Mais un portrait de Moctar Ould Diay serait incomplet sans évoquer la relation singulière qui l’unit au chef de l’État, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Cette relation dépasse le simple cadre institutionnel. Elle repose sur une convergence de vues quant à la nécessité de préserver la stabilité du pays tout en l’ouvrant à des réformes graduelles. Ghazouani, homme de consensus et de mesure, a trouvé en Ould Diay un collaborateur capable de traduire les orientations politiques en dispositifs administratifs concrets.
Leur proximité n’est pas seulement politique ; elle est stratégique. Là où le Président incarne la vision, Moctar Ould Diay en incarne l’architecture. Là où l’un trace la direction, l’autre en balise le chemin. Cette complémentarité a permis à l’exécutif mauritanien de fonctionner selon une logique de continuité maîtrisée, évitant les ruptures brutales tout en consolidant les acquis.
Dans les conseils restreints comme dans les négociations internationales, Ould Diay s’est distingué par un style sobre, presque austère. Il parle peu, mais chaque mot est pesé. Cette retenue confère à sa parole une gravité particulière. Les partenaires financiers apprécient sa fiabilité ; les cadres administratifs reconnaissent sa rigueur ; les acteurs politiques, même critiques, admettent sa capacité à tenir le cap.
Renforcer la résilience de l’État face aux turbulences extérieures
Son action s’inscrit également dans le contexte régional du Sahel, où la stabilité mauritanienne apparaît comme une exception relative. Dans un environnement marqué par les coups d’État et les crises sécuritaires, la gestion économique prudente devient un facteur de sécurité nationale. En consolidant les finances publiques, en assurant la continuité des projets structurants, Ould Diay contribue indirectement à renforcer la résilience de l’État face aux turbulences extérieures.
Sur le plan politique, il incarne une forme de technocratie assumée. Non pas une technocratie froide et détachée, mais une technocratie consciente des réalités sociales. Son autorité ne procède pas d’une rhétorique flamboyante, mais d’une compétence reconnue. Cette posture lui vaut parfois des critiques : on lui reproche une prudence excessive, un attachement trop marqué aux équilibres budgétaires. Mais ses partisans y voient au contraire la marque d’une maturité politique, celle qui préfère la solidité à l’éphémère.
Dans l’intimité du pouvoir, Moctar Ould Diay apparaît comme un homme de méthode. Il lit les dossiers en profondeur, interroge les hypothèses, exige des données précises. Cette exigence rejaillit sur ses équipes, qu’il pousse à dépasser l’improvisation. Le ministère de l’économie et des finances qu’il a dirigé – ou les fonctions qu’il occupe aujourd’hui comme Premier ministre – deviennent alors un laboratoire de gouvernance, où la discipline administrative n’est pas une contrainte mais une vertu.
Une relation de fidélité et de confiance avec le président Ghazouani
Sa relation avec le Président Ghazouani est aussi faite de confiance. Dans les moments délicats, lorsque les tensions sociales ou les incertitudes économiques menacent l’équilibre, cette confiance devient un capital politique. Elle permet des décisions rapides, fondées sur une compréhension partagée des enjeux. Peu de responsables peuvent se prévaloir d’un tel degré de proximité avec le chef de l’État sans susciter jalousies et rivalités. Ould Diay, lui, semble avoir trouvé dans la discrétion le meilleur rempart contre les intrigues.
Au-delà des chiffres et des fonctions, il y a chez lui une vision implicite de la Mauritanie : celle d’un pays qui doit conjuguer tradition et modernité, autorité et inclusion, ouverture et souveraineté. Cette vision ne s’exprime pas toujours dans des discours grandiloquents, mais elle transparaît dans la cohérence de ses choix. La gestion des ressources naturelles, la prudence face à l’endettement, la recherche d’investissements structurants témoignent d’une volonté de bâtir sur le long terme.
Certes, toute trajectoire politique comporte des zones d’ombre. Les contraintes structurelles du pays limitent parfois l’impact des réformes. Les attentes sociales dépassent souvent les marges budgétaires. Mais c’est précisément dans cette tension que se mesure la qualité d’un homme d’État. Moctar Ould Diay ne promet pas l’impossible ; il s’efforce de rendre le possible durable.
À mesure que la Mauritanie entre dans l’ère des hydrocarbures et des grands projets énergétiques, son rôle pourrait encore se renforcer. La gestion de ces nouvelles ressources exigera une vigilance accrue, une transparence irréprochable et une planification rigoureuse. Dans ce contexte, l’expérience accumulée par Ould Diay constitue un atout majeur pour l’exécutif.
Son portrait, en définitive, est celui d’un serviteur de l’État plus que d’un tribun. Un homme qui a choisi la voie exigeante de la gestion publique, conscient que la prospérité d’une nation repose moins sur les éclats que sur les fondations. À l’ombre du Président Ghazouani, il s’est imposé comme l’un des piliers de la gouvernance mauritanienne contemporaine : discret mais déterminant, loyal mais lucide, technicien mais profondément politique.
Ainsi s’inscrit Moctar Ould Diay dans le récit national : non comme une figure tapageuse, mais comme un bâtisseur patient. Dans la trame complexe de la Mauritanie moderne, il représente cette génération d’hommes d’État qui ont compris que la grandeur d’un pays se construit d’abord dans la rigueur quotidienne, la fidélité aux engagements et la constance dans l’effort.
Sneiba Mohamed


