La section mauritanienne du Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l'Environnement (REMAPSEN) a organisé jeudi 26 février 2026 à Nouakchott un mini-atelier sur les approches et les perspectives des sources de financement de la Santé de la Reproduction et du Planning Familial (SRPF) en Mauritanie.
Dans le cadre de ses activités pour l’année 2026, la section mauritanienne du REMAPSEN a réuni une vingtaine de journalistes de la presse publique et privée autour d’un mini-atelier d’échanges et d’informations sur les sources de financement de la SRPF en Mauritanie.
Cette rencontre organisée avec l’appui du Partenariat de Ouagadougou a débuté par le discours prononcé par le Coordinateur national de la section, Bakary Guèye, qui a remercié l’assistance et les deux panélistes choisis pour animer la section, en l’occurrence Dr. Mohamed El Kory Boutou, Chef du Programme Santé de la Reproduction au bureau du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) en Mauritanie et Mme Zeynabou Taleb Moussa, présidente de l’ONG « Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant AMSME ».
Des avancées encourageantes
Au cours de son exposé qui a porté sur les « Programmes et interventions de l’UNFPA pour l’appui à la SRPF en Mauritanie », Dr. Boutou s’est félicité de la mobilisation par l’Etat mauritanien d’un montant de 187.000 dollars en faveur de la santé reproductive.
Seulement, jusqu’en 2023, a-t-il fait remarquer, les dépenses des ménages en santé de la reproduction occupaient jusqu’à 43% des dépenses totales, loin devant l’apport de l’Etat et des partenaires techniques et financiers.
Dr. Boutou a encouragé dans ce cadre la poursuite des efforts de l’Etat en faveur de la SRPF, espérant que ces sacrifices consentis pourront porter sa contribution de 70 à 80% de ses engagements. Il a d’autre part, souligné la participation de plus en plus active du secteur privé dans le financement de la SRPF.
Seulement, le chemin reste encore long, selon lui, face au taux encore élevé de la mortalité maternelle (424/100.000 naissances vivantes), les prévisions encore faibles des besoins non satisfaits en matière de planning familial (30%), bien que le ministère de la Santé continue de placer, selon lui, la santé reproductive au cœur de ses priorités.
Selon lui, l’approche adoptée dans le domaine du financement de la SRPF privilégie l’approche mixte financement domestique-apports extérieurs, tout en axant son intervention sur le plaidoyer en faveur de l’augmentation des ressources nationales, l’intégration de la SRPF dans la couverture Santé Universelle et enfin, le renforcement de la chaîne d’approvisionnement en médicaments et matériels.
Il a mis l’accent d’autre part sur la Feuille de Route mise en place depuis 2024 pour l’accélération de la prévention contraceptive, avec une ligne budgétaire consacrée à l’acquisition de produits contraceptifs et le renforcement de la SRPF dans les programmes nationaux de santé publique.
Pour atteindre ces objectifs, l’Etat est appuyé par quelques partenaires, tels que l’UNFPA, la Banque Mondiale, l’Organisation Mondiale de la Santé, la Coopération Espagnole et l’Union européenne. Cependant, a-t-il fait remarquer, la Mauritanie reste loin des viseurs des grandes ONG internationales actives dans le domaine.
Une vision pessimiste du financement de la SRPF en Mauritanie
Loin du langage diplomatique, l’analyse de Mme Zeynabou Taleb Moussa sur l’état de la SRPF et de son financement en Mauritanie reste très pessimiste. Elle accuse notamment la malgouvernance et la non transparence dans ce secteur, ce qui expliquerait, selon elle, l’absence d’intervention des ONG Internationales en Mauritanie, dont l’apport dans d’autres pays de la sous-région (Mali, Sénégal, Burkina Faso) est pourtant important.
Selon elle, « cela fait plus de 27 ans qu’on ressasse les mêmes discours sur la SRPF et son financement en Mauritanie », rappelant son statut d’ancienne sage-femme et de cadre au Ministère de la Santé qui sait ce dont elle parle.
Enumérant les trois Objectifs de Développement Durable (ODD) se rapportant au sujet, elle doute fort que la Mauritanie puisse en atteindre un seul en 2030.
Par rapport à l’ODD 3, elle se demande comment le pays pourra-t-il arriver à 70/100.000 naissances vivantes de décès maternel, alors qu’à quatre ans de l’échéance, il en est encore à 424.
Par rapport à l’ODD 5, elle se demande encore, comment assurer l’accès universel aux soins de santé reproductive et à un financement durable, si le taux de ce financement ne dépasse guère 5%, là où les exigences internationales et ses propres engagements lui en imposent 15%.
Evoquant les ODD 1 et 10, sur l’élimination de la pauvreté et la réduction des inégalités à l’horizon 2030, elle se demande, même si elle reconnaît des progrès en termes de protection sociale, comment assurer ses objectifs si le ministère de la Santé refuse de collaborer ou de coopérer avec la société civile et s’il continue de mettre à l’écart les médias pour la visibilité et la transparence de ses actions et activités ?
Elle a évoqué dans ce cadre l’exemple du GFF et de ses financements, qui auraient « disparu » selon elle des viseurs sans que personne ne sache leur destin. Elle pointe du doigt l’absence de transparence et de redevabilité qui constituent selon elle des défis majeurs, soulignant que chaque dollar investi devait normalement se traduire par une baisse de la mortalité maternelle et une augmentation de la prévalence contraceptive.
Ces deux exposés ont été suivis de débats, de questions et réponses ainsi qu’une photo de famille. Il faut noter que Dr. Boutou était accompagné de M. Bâ Mamoudou, Chargé de communication au Bureau UNFPA et signaler aussi la présence du représentant du Ministère de la Culture, des Arts et de la Communication.
Cheikh Aîdara
Atelier de mobilisation de ressources en 2021
NOTES SUR LE REMAPSEN
Le REMAPSEN (Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l'Environnement) est une organisation professionnelle créée en 2020 pour améliorer la couverture médiatique des questions de santé, d'environnement et de développement durable en Afrique. Il mobilise des journalistes pour influencer les politiques publiques, promouvoir l'approche "One Health" et lutter contre les Maladies Tropicales Négligées (MTN).
Voici les points clés à retenir :
- Objectif : Combler le fossé de communication entre les décideurs et les populations, tout en jouant un rôle structurant dans la décision publique.
- Activités : Organisation de forums annuels (ex : 4ème forum en janvier 2026 au Bénin sur les MTN), webinaires et sensibilisation sur le changement climatique.
- Structure : Réseau continental couvrant l'Afrique et Madagascar, avec des bureaux de coordination nationaux (ex: Burkina Faso). Présent dans 42 pays.
- Partenariats : Le réseau collabore avec des entités comme Galien Africa pour promouvoir la santé.
Le 4ème Forum des médias du REMAPSEN en janvier 2026 a particulièrement mis l'accent sur l'excellence journalistique dans la lutte contre les maladies tropicales négligées.
NOTES SUR L’AMSME
L'Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant (AMSME) est une organisation féministe des droits des femmes et des filles en matière de santé sexuelle et de reproduction, créé en 2000 dotée du statut de l'ECOSOC, spécialisée sur la lutte contre les violences sexuelles en Mauritanie, présente sur le territoire national, dispose de cinq centres de prise en charge des survivantes et une ligne d'assistance de signalement gratuite pour les cas des VBG et gère un programme de prévention et de plaidoyer autour des VBG et de la SSR. L’AMSME gère encore un programme de suivi des politiques public en matière de planification.

