Mauritanie : Le financement endogène de la SR/PF au centre d’un Rendez-vous du REMAPSEN

La coordination nationale du Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) a organisé le jeudi 26 Février à Nouakchott, un rendez-vous sur la thématique suivante : «Les sources de financement de la SR/PF en Mauritanie: Approche et perspectives. »

L’atelier organisé grâce à l’appui financier de l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou (UCPO) a impliqué une vingtaine de journalistes, tous médias confondus, en présence d’un responsable du ministère de tutelle.

Il est animé par 2 panélistes issus de la société civile et de l’UNFPA.

A l’ouverture de l’atelier, Mr Bakari Gueye a, au nom de la coordination du REMAPSEN Mauritanie, remercié tous les participants à cet atelier, ses confrères journalistes représentant tous les types de médias. Il a aussi remercié les différents panélistes issus de l’UNFPA et de la Société Civile ainsi que les ministères de la santé et celui de la culture.

Remerciements appuyés également du coordinateur du REMAPSEN Mauritanie à l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou qui a-t-il rappelé a apporté son appui financier à la tenue de cette activité.

Le coordinateur a par ailleurs rappelé que le REMAPSEN a pour ambition de contribuer à la vulgarisation des questions de santé et d’environnement à travers le continent. C’est affirme-t-il aujourd’hui l’un des réseaux parmi  les plus présents et les plus étendus en Afrique.

Et le coordinateur de noter que, le thème qui sera abordé dans le cadre de ce Rendez-vous du REMAPSEN est un thème d’actualité qui entre en droite ligne dans les préoccupations de l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou.

En effet, souligne-t-il, la 14ᵉ Réunion annuelle du Partenariat de Ouagadougou qui s’est tenue en décembre 2025 à Lomé avait planché sur à l’avenir du financement de la santé et des droits sexuels et reproductifs/Planification familiale (DSSR /PF) en Afrique de l’Ouest francophone.

Cette édition s’est tenue dans un contexte marqué par la contraction progressive des financements internationaux et par la nécessité pour les États de renforcer leur souveraineté sanitaire et financière.

Et cela est d’autant plus urgent, a-t-il poursuivi que les pays membres du Partenariat feront face, dès 2026, à une réduction progressive des dons externes de produits de planification familiale, une tendance qui s’accentuera à partir de 2027 pour certains États.

De ce fait les gouvernements concernés devraient anticiper cette transition en renforçant leurs engagements budgétaires.

Et le coordinateur de conclure qu’il espère que le traitement de la thématique du jour permettra d’édifier les journalistes sur le cas mauritanien.

Approche combinant financement domestique, appui extérieur et plaidoyer

A l’occasion du Panel 1 intitulé : «Programmes et  interventions de l’UNFPA pour l’appui à la SR/PF en Mauritanie » le Dr Mohamed El Kory BOUTOU, Chef du Programme Santé de la Reproduction au bureau de l’UNFPA en Mauritanie a fait une présentation détaillée de la question. D’abord en exposant les principales sources de financement de la SR/PF dans le pays.

Il a noté que la première source de financement c’est le budget de l’Etat même si dit-il on est encore loin du compte. En effet, en Mauritanie, on est encore loin des 15% convenus à Abuja pour les budgets de la santé. Ici on en est encore à un peu plus de 6%.

Mais, note l’expert il y a eu une évolution positive avec la signature d’un contrat entre l’Etat et l’UNFPA pour augmenter la ligne budgétaire afin de permettre à l’Etat mauritanien d’être autonome pour l’achat des produits PF.

En effet, souligne Dr Boutou, sans les produits, il n’y a pas de planification familiale.

Parlant des principaux bailleurs ayant accompagné la Mauritanie jusque-là, il a cité l’UNFPA, la Banque Mondiale, l’OMS, la coopération espagnole et l’Union Européenne.

Il a par ailleurs souligné que l’approche actuelle combine le financement domestique, l’appui extérieur et beaucoup de plaidoyer.

Quant aux défis majeurs, le Dr a cité la dépendance importante aux financements extérieurs ; l’insuffisance des ressources nationales ; la digitalisation et la gestion des stocks et du suivi budgétaire et le renforcement du plaidoyer parlementaire.

S’agissant des perspectives et opportunités, le Dr Boutou a cité l’augmentation progressive de la contribution nationale ; les mécanismes innovants de financement (assurance santé, partenariats Public/Privé).

Revenant sur le rôle stratégique de l’UNFPA il a affirmé qu’il est axé sur les 3 résultats transformateurs à savoir 0 mortalité maternelle, 0 BNS en PF et 0 VBG et pratiques néfastes.

Il a cité aussi l’appui technique et financier du gouvernement ; la mobilisation des ressources ; le renforcement des capacités ; la coordination avec les partenaires et le suivi-évaluation des programmes SR/PF.

Nécessité de transparence et redevabilité dans la gestion des financements

Le second Panel intitulé : « Quelle contribution de la Société civile au financement de la SR/PF en Mauritanie? » a été animé par Mme Zeinabou Taleb Moussa, Présidente de La présidente de l’Association mauritanienne pour la santé de la mère et de l’enfant (AMSME).

Cette communication fut axée sur 5 sujets essentiels : Engagements internationaux et urgence nationale ; Financement : combien et pour quoi ? Transparence : où sont les résultats ; Gouvernance : quelle place pour la société civile et enfin Approches et perspectives.

La panéliste a rappelé d’emblée que la santé sexuelle et reproductive est un pilier central des Objectifs de Développement Durable à l’horizon 2030, notamment l’ODD 3 : Réduction de la mortalité maternelle cet objectif nous engage à réduire la mortalité maternelle à moins de 70 pour 100 000 naissances vivantes d’ici 2030  et l’ODD 5 : Accès universel aux services de santé reproductive. Cela requiert une ligne budgétaire nationale dédiée aux produits contraceptifs, un financement durable des services SR/PF, une couverture équitable entre zones urbaines et rurales, des indicateurs publics de performance et une participation réelle de la société civile au suivi.

Et la question que s’est posée Mme Zeinabou c’est est ce que nous allons atteindre les ODD d’ici 2030, avec un taux de mortalité maternelle de 424 pour 100 000 naissances vivantes et une prévalence contraceptive de 14,3% ?

Et d’ajouter que la question actuelle n’est plus de savoir si nous devons investir dans la SR/PF, mais comment garantir un financement durable ?

Le financement de la SR /PF existe soutient-elle, mais c’est en majorité des investisseurs externes qui financent et dans le moindre défi c’est presque le chaos

« Nous devons inscrire une ligne dans le budget de l’Etat de 60 pour cent pour la SR et mobiliser les fonds des secteurs privées. »

La panéliste a donné comme exemple le dossier d’investissement et le financement du GFF présenté comme une opportunité stratégique.

La Mauritanie s’est engagée dans un dossier d’investissement appuyé par le GFF – Global Financing Facility, hébergé par la Banque mondiale.

Le Global Financing Facility vise à : Mobiliser des ressources domestiques et internationales ; Aligner les partenaires autour d’un plan unique ; Mettre l’accent sur les résultats mesurables et Renforcer les systèmes de santé maternelle, néonatale, infantile et reproductive.

Le dossier d’investissement constitue une feuille de route stratégique pour accélérer les progrès vers les ODD.

Cependant, trois questions majeures se posent : Quelle est la part réellement consacrée à la SR/PF dans les financements mobilisés ? Quel est le niveau de transparence dans l’utilisation de ces fonds ? Quelle a été l’implication de la société civile  dans la gestion, la mise en œuvre et le suivi.

Ce sont là, souligne-t-elle des questions de transparence et de redevabilité qui se posent et les journalistes doivent chercher à en savoir plus.

Elle a ajouté que la redevabilité n’est pas un luxe. C’est une condition de crédibilité.

Pour le financement de la SR/PF Mme Zeinabou a préconisé la Transparence et une gestion axée sur les résultats avec notamment des indicateurs clairs, des cibles mesurables et une redevabilité publique. Pour elle, la transparence budgétaire reste un défi car soutient-elle, les lignes budgétaires spécifiques SR/PF sont peu visibles ; le taux de mobilisation des fonds des PTF et du secteur privé ainsi que l’exécution budgétaire ne sont pas toujours publiée et les fonds non exécutés et retournés aux PTF ne sont pas connus par les acteurs. Et les données de performance ne sont pas vulgarisées, ni accessible à tous les citoyens. « Nous devons, dit-elle passer d’un financement basé sur les intentions à un financement basé sur les résultats.

En conclusion, abordant les approches et les perspectives, la panéliste préconise d’augmenter la ligne budgétaire nationale inscrite et protégée pour les produits contraceptifs ; publier un tableau de bord annuel SR/PF (budget alloué – budget exécuté – résultats) ; Institutionnaliser la participation des OSC dans les comités de suivi ; Conditionner une partie des financements à des indicateurs mesurables ;Renforcer la coordination entre Ministère, partenaires et société civile ; Coordonner avec la société civile et financer ces programmes ; Impliquer le secteur privé et Impliquer les médias pour plus de transparence.

B.G