La dissimulation des faits dans le cas de meurtre semble devenir un exercice presque naturel de la part des autorités officielles en Mauritanie. Aujourd’hui, la jeune Fatimata Bâ. Hier, Souvi Ould Cheine.
Lorsque le 9 février 2023, l’activiste Souvi Ould Cheine est décédé en garde-à-vue au commissariat de Dar Naïm 2 à Nouakchott, le premier rapport d’autopsie avait biaisé la véritable cause de sa mort, épousant la thèse soutenue à l’époque par la DGSN qui liait le décès de Souvi Ould Cheine à un « malaise survenu lors de sa garde-à-vue ».
Cette thèse aurait pu conduire au classement du dossier sans suite, n’eût été la pression de la rue. Il faut dire que le cas de Souvi Ould Cheine avait suscité une indignation populaire sans précédent.
C’est cette pression qui allait conduire à la contre-expertise qui révéla les véritables causes du décès du militant : des actes de tortures qui ont conduit à « une asphyxie traumatique par strangulation accompagnée de fractures cervicales ».
De là, l’affaire prit une autre tournure avec l’arrestation, puis la condamnation plus tard des principaux suspects.
Aujourd’hui, la mort de la jeune Fatimata Bâ semble prendre le même chemin, avec toujours les mêmes indiscrétions et les mêmes fuites des éléments de l’enquête qui devaient pourtant rester secrèts jusqu’à la fin de l’instruction.
La thèse officielle, basée en apparence sur les déclarations du principal suspect arrêté au Sénégal puis extradé en Mauritanie, semble être retenue par la justice mauritanienne, « mort par overdose ». Pourtant, l’autopsie supposée avoir été effectuée à l’Hôpital National se serait déroulée en l’absence de la famille. Aucun résultat écrit de cette prétendue autopsie ne leur a pas été également délivré.
Au cours de la conférence de presse qu’il a animé ce vendredi 24 avril 2026 à Nouakchott, le Procureur de la République semble s’en tenir encore à cette thèse malgré les nouveaux éléments rapportés par la famille de la défunte qui exige une contre-expertise.
Des preuves de violences inouïes subies par Fatimata Bâ, constatées de visu lors de sa toilette mortuaire, mènent vers un acte de viol suivi d’un assassinat atroce qui auraient causé la mort (ouverture crânienne, fracture du cou et du poignet, ecchymose sur sa cuisse) et non une « overdose » comme semble vouloir le maintenir l’autorité judiciaire. Celle-ci a cependant déclaré que l’enquête se poursuit.
Les autres détails tendant à accabler la victime, rendez-vous avec le présumé meurtrier dans une chambre d’auberge, relevés d’appels, entre autres indications avancées par le Procureur, tendent tout simplement à noyer le poisson.
L’essentiel est que la mort de la jeune Fatimata Bâ soit élucidée à travers une contre-expertise indépendante en présence des représentants de sa famille et de son avocat.
Cheikh Aïdara

