La Chambre correctionnelle du tribunal de Nouakchott-Ouest a condamné en première instance, lundi 4 mai 2026, les députés Marième Cheikh Dieng et Achour Salem Ghamou à 4 ans de prison ferme. Un procès expéditif bouclé environ au bout de deux heures d’horloge après le retrait du collectif de défense dont les levées d’exception ont été toutes rejetées par la Cour.
Débat autour du « flagrant délit »
Le débat a tourné essentiellement autour de l’immunité parlementaire des deux députées qu’elles n’ont jamais perdue, ainsi que la « flagrance délit » invoquée par le Parquet général et suivi dans ses démarches par les magistrats. Ce serait d’ailleurs cette prétendue flagrance qui aurait servi aux juges de passer outre l’immunité parlementaire des deux députés.
Dans leurs argumentaires développés lors de la conférence de presse animée après le verdict, les avocats des deux prévenues ont démenti la « flagrance » aussi bien celle définie par l’article 50 du Code de procédure pénale que celle définie dans le règlement intérieur de l’Assemblée Nationale. Selon les avocats, dans les deux cas de figure, la flagrance qui consiste à prendre les auteurs des actes incriminés « la main dans le sac », n’a pas eu lieu. Autrement dit, il y aurait flagrance si les deux députées avaient été interpellées, au moment ou dans un temps court, où elles diffusaient leurs messages dans les réseaux sociaux.
Un des avocats va plus loin. Selon lui, la loi qui définit la flagrance délit date des années 80 à une époque où il n’y avait ni téléphonie mobile ni Internet. Or, selon lui, la législation n’a pas évolué dans ce domaine et la loi n’a pas encore prévu le cas spécifique de flagrance lors d’une diffusion électronique. D’où, selon les avocats, l’obligation d’une enquête qui aurait dû être menée pour s’assurer des faits incriminés, à l’heure où l’Intelligence Artificielle peut permettre de telles manipulations.
Un procès expéditif
Par ailleurs, le collectif de défense trouve qu’un dossier d’une telle sensibilité et d’une telle importance ne saurait dans les normes être expédiés aussi rapidement si les intentions des juges étaient de mener un procès qui aurait satisfait toutes les parties. Un tel procès, d’après les avocats, n’aurait pas été expédié au cours d’une audience qui n’aurait duré que quelques heures.
En outre, ils dénoncent la requalification des faits initiée par le tribunal sans en avoir référé au préalable les prévenues pour leur permettre de préparer leur défense face aux accusations portées additivement à leur encontre. Ils ont encore dénoncé la convocation précipitée des avocats à moins de vingt-quatre de la tenue de l’audience, là où la législation exige la notification aux avocats de la date du procès de leurs clientes au moins trois jours à l’avance.
Il faut rappeler que les deux députées sont accusées de plusieurs chefs d’accusation, comprenant notamment, l’organisation d’attroupement, la dénonciation mensongère et la violation de la loi relative aux symboles.
Ainsi, selon les avocats des deux députés, toute la procédure a été bâtie sur des bases contraires aux dispositions légales, s’accordant à interjeter appel dans les délais légaux.
Birame honore les héros et héroïnes d’IRA
Dans une interview accordée aux journalistes, le député et président du mouvement IRA auquel appartiennent les deux députés, Birame Dah Abeid, a tenu à féliciter ses héroïnes, soulignant que leur combat pour la dignité et contre les pratiques malsaines du régime, seront inscrits en lettre d’or dans les annales de l’histoire de la résistance pacifique menée depuis plusieurs décennies par le mouvement.
Par-delà le verdict jugé inique contre ses deux députés par Birame Dah Abeid, c’est un pogrom planifié qui vise, selon lui, les militants d’IRA dont une dizaine de membres croupissent actuellement en prison. Il s’agit, entre autres, de Abdallahi Abou Diop, Chargé des droits de l’homme, le Coordinateur El Hadj Ould Id, les militants Bounass Meyda, Mohamed Eleyatt, et les trois dames, Lala Vatma, Mourchida Saleck et Warda Souleymane, journaliste et blogueuse.
Ces militants et responsables ont été arrêtés à la suite de la dénonciation par le mouvement IRA d’un cas d’esclavage sur une fillette de 11 ans en février 2026.
Cheikh Aïdara

