Attaquer El Moctar Ould Diay, c’est affaiblir le projet présidentiel

Les attaques répétées contre le Premier ministre, El Moctar Ould Diay, appartiennent de plus en plus au registre de la cabale politique.

Que l’opposition critique l’action du gouvernement est dans l’ordre naturel des choses. C’est son rôle. Mais que des personnes se réclamant du camp présidentiel fassent de la remise en cause permanente du Premier ministre leur principal fonds de commerce politique pose un véritable problème de cohérence et, parfois, de loyauté.

Car enfin, de quoi parle-t-on ?

Le Premier ministre n’est pas arrivé à la tête du gouvernement par effraction. Il n’est pas le produit d’une intrigue de palais ni d’une quelconque usurpation. Il a été choisi par le Président de la République pour conduire l’action gouvernementale et mettre en œuvre son programme. À ce titre, il est le dépositaire d’une confiance présidentielle clairement assumée.

Dès lors, ceux qui prétendent soutenir le Président tout en s’acharnant contre son Premier ministre se livrent à un exercice d’équilibrisme politique pour le moins périlleux. Ils veulent apparaître comme des soutiens du chef de l’État tout en sapant l’autorité de l’un de ses principaux collaborateurs. Cette posture est intenable.

Car si le Premier ministre est aussi incompétent, aussi inefficace ou aussi nuisible que certains le prétendent, alors il faudrait en conclure que le Président s’est lourdement trompé dans son choix. C’est donc bien son jugement qui est indirectement mis en cause.

La vérité est ailleurs.

La réalité est qu’El Moctar Ould Diay dérange parce qu’il occupe une position centrale dans l’architecture du pouvoir actuel. Il est au cœur de la mise en œuvre des politiques publiques, au centre des arbitrages gouvernementaux et au premier rang de l’exécution des engagements présidentiels. Son influence administrative et politique est réelle. C’est précisément pour cette raison qu’il constitue une cible privilégiée.

On ne s’attaque jamais avec autant d’ardeur à un homme sans importance.

Les détracteurs du Premier ministre espèrent souvent atteindre à travers lui quelque chose de plus grand : l’autorité du gouvernement, la cohésion de la majorité ou, plus largement, la crédibilité du projet porté par le Président de la République.

Cette stratégie n’est pas nouvelle. Dans tous les systèmes politiques, lorsque l’attaque frontale contre le chef de l’État paraît difficile ou contre-productive, certains choisissent de viser son entourage immédiat. Ils cherchent à créer un climat de suspicion, à installer le doute et à affaiblir progressivement les piliers de l’édifice.

C’est un travail de sape.

Certains le font par ambition personnelle. D’autres par frustration. D’autres encore parce qu’ils n’ont jamais accepté les équilibres issus des choix présidentiels. Mais quel que soit leur mobile, le résultat est le même : une tentative de fragilisation de l’action gouvernementale.

Or la Mauritanie traverse une période qui exige davantage de responsabilité. Les défis économiques, sociaux et sécuritaires sont considérables. Les attentes des citoyens sont immenses. Dans un tel contexte, la priorité devrait être l’efficacité de l’action publique et non les querelles de personnes.

Cela ne signifie évidemment pas que le gouvernement est au-dessus de toute critique. Aucun responsable public ne doit échapper à l’évaluation. Mais la critique sérieuse repose sur des faits, des chiffres et des propositions alternatives. Elle ne se nourrit ni d’animosités personnelles ni de campagnes de dénigrement systématique.

Les Mauritaniens jugeront au final sur les résultats. Ils jugeront la capacité du gouvernement à améliorer leur quotidien, à développer les infrastructures, à renforcer les services publics, à créer des opportunités et à préserver la stabilité du pays.

D’ici là, une évidence s’impose : s’en prendre sans relâche à El Moctar Ould Diay n’est pas seulement une attaque contre un homme. C’est une attaque contre un choix présidentiel, contre une équipe gouvernementale et contre une démarche politique dont il est l’un des principaux artisans.

Ceux qui participent à cette entreprise devraient avoir le courage d’assumer pleinement leurs intentions. Car à force de vouloir fragiliser les piliers de la maison, ils prennent le risque d’ébranler l’ensemble de l’édifice.

Et lorsque l’on prétend appartenir à la majorité, cela ressemble moins à de la critique constructive qu’à une forme de cinquième colonne politique.

Sneiba Mohamed