Le Président va-t-il abattre ses dernières cartes ?… Le remaniement gouvernemental entre nécessité de redressement et contrainte du temps

Par Nouh Mohamed Mahmoud

Le mandat du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani entre dans sa phase la plus délicate. Le temps politique ne permet plus les hésitations ni la gestion des divergences au sein des cercles du pouvoir selon le rythme qui prévalait au début du quinquennat. Dans un contexte marqué par les spéculations de la scène politique et médiatique sur des rivalités et des désaccords au sein des centres de décision, une question essentielle se pose : le chef de l'État s'orientera-t-il vers une recomposition de son équipe gouvernementale afin de sauver ce qui peut encore l'être de son programme avant de quitter le pouvoir, conformément aux dispositions de la Constitution ?

La principale menace qui pèse sur tout projet de réforme ne réside pas uniquement dans l'opposition. Elle tient également à la lourdeur administrative, au manque de coordination, à l'affaiblissement des performances et à la prééminence des intérêts particuliers sur l'intérêt général. Lorsque les institutions de l'État deviennent des entités cloisonnées et que les centres de décision se multiplient, les réalisations du président elles-mêmes risquent de s'éroder, aussi sincère que puisse être la volonté politique.

Le président dispose encore d'une occasion de donner une fin de mandat forte et marquante. Celle-ci ne pourra toutefois se concrétiser qu'au prix de décisions courageuses : procéder à une évaluation objective de l'action gouvernementale, demander des comptes aux responsables défaillants, écarter ceux qui ont démontré leur incapacité à mettre en œuvre les politiques publiques et les remplacer par des compétences reconnues pour leur expérience, leur intégrité et leur capacité à obtenir des résultats, indépendamment des considérations de fidélité personnelle.

Aujourd'hui, les citoyens n'attendent plus de nouveaux discours. Ils aspirent à un accès durable à l'eau potable, à une fourniture régulière d'électricité, à des services de santé de qualité, à un système éducatif ouvrant des perspectives d'avenir, à une administration respectueuse de la loi et à une économie créatrice d'emplois, capable de contenir la hausse du coût de la vie. C'est à l'aune de ces priorités que sera évalué le reste du mandat présidentiel.

La conjoncture exige également de renforcer l'autorité de l'État, de consolider le principe de l'égalité des chances et d'accélérer la lutte contre la corruption par davantage de transparence, un contrôle rigoureux et l'application de la loi à tous, sans distinction. La confiance entre l'État et les citoyens ne peut se construire que sur les fondements de la justice et de l'équité.

L'histoire retient rarement le nombre de gouvernements qui se sont succédé. En revanche, elle garde en mémoire les décisions déterminantes qui ont changé le destin des nations. Les années restantes du mandat pourraient ainsi constituer la dernière occasion d'imprimer une marque réformatrice durable, à condition que la volonté politique s'accompagne d'un choix judicieux des hommes et d'une mise en œuvre rapide des décisions.

La décision appartient désormais au Président de la République : soit il choisit de renouveler les instruments de l'action gouvernementale afin de les mettre en adéquation avec les ambitions de son programme, soit il maintient le cap actuel, avec les défis politiques et administratifs que cette option comporte. Dans tous les cas, le succès des années à venir dépendra de la capacité des institutions à transformer les promesses en réalisations concrètes, perceptibles dans la vie quotidienne des citoyens. Car le temps politique n'attend personne, et ce qui est accompli aujourd'hui peut constituer l'héritage durable laissé à l'issue du mandat.