Opinion libre : La grâce présidentielle entre justice et tolérance

Après que le pouvoir judiciaire a pleinement exercé son autorité indépendante conformément à la loi et rendu ses arrêts à l’issue des procédures légales, la grâce présidentielle accordée à Mmes Ghamou Achour Salem et Mariam Cheikh Samba Dieng s’inscrit dans un vaste contexte politique et humanitaire. 

Cette grâce, prérogative constitutionnelle inhérente au président de la République, affirme clairement le droit de l’État non seulement de sanctionner, mais aussi de faire preuve de clémence et de tolérance lorsqu’il estime que l’intérêt national l’exige.

Ce qui est frappant dans cette affaire, c’est que la loi sur laquelle le pouvoir judiciaire a fondé ses arrêts est la même que celle qui confère au président le pouvoir d’accorder sa grâce. 

Ce fait confirme qu’il n’y a pas de contradiction entre les institutions de l’État, mais bien une complémentarité de leurs rôles. 

Le pouvoir judiciaire applique la loi et protège les droits, tandis que le président exerce ses pouvoirs constitutionnels conformément à ce qu'il considère comme l'intérêt public, dans le plein respect de l'indépendance de la justice.

La valeur de cette décision réside également dans son opportunité et dans le message qu'elle véhicule. Elle ne remet pas en cause l'autorité de la loi, puisque la peine a déjà été prononcée et exécutée dans les limites de son application. 

Cependant, elle ouvre simultanément la voie à la désescalade et à la résolution des conflits, forte de la conviction que la cohésion sociale ne repose pas uniquement sur les sanctions, mais aussi sur des initiatives visant à restaurer la confiance et à renforcer l'harmonie nationale.

Dans la culture islamique, le pardon occupe une place prépondérante, surtout lorsqu'il émane de celui qui a le pouvoir de punir. 

Le véritable pardon ne naît pas de la faiblesse, mais d'une décision prise par celui qui, ayant la capacité d'infliger une peine, choisit la clémence au nom d'un bien supérieur. Le Prophète Mohamed Paix et Salut sur Lui a incarné ce sens avec éloquence le jour de la conquête de La Mecque, lorsqu'il y entra victorieux, avec de solides raisons de se venger. 

Pourtant, il choisit de faire de ce jour un moment de pardon, s'adressant aux Mecquois par ces paroles célèbres : « Allez, car vous êtes libres. » Ce fut un enseignement durable : pardonner, lorsque l'on a le pouvoir de punir, est une force morale avant d'être une position politique.

Dans cette perspective, une grâce présidentielle n'a besoin d'aucune demande ni d'aucune pétition pour être légitime, car elle est essentiellement l'expression de la volonté souveraine. 

L'autorité qui l'accorde estime que les circonstances justifient de privilégier le pardon au maintien de la punition, sans pour autant compromettre l'autorité judiciaire ni l'État de droit.

Cette décision s'inscrit dans la continuité de l'approche qui a caractérisé les sept dernières années de la présidence de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. 

Il s'agit d'une approche fondée sur la promotion de la désescalade, l'élargissement du dialogue et la prévention de l'exacerbation des conflits politiques et sociaux, afin de préserver l'unité nationale et de renforcer la stabilité. 

Cette démarche s'est traduite par de nombreuses initiatives visant à instaurer un climat de confiance et de transparence entre les différentes composantes du paysage national.

La force des nations se manifeste non seulement par leur capacité à appliquer les textes de loi, mais aussi par leur usage judicieux des pouvoirs que leur confère la Constitution pour parvenir à un équilibre entre justice et clémence, entre fermeté et tolérance.

Ainsi, cette grâce offre le modèle d'une conception équilibrée de l'État : un État qui fait respecter la loi et ses institutions, tout en reconnaissant les valeurs de pardon et de tolérance lorsqu'il estime qu'elles servent l'intérêt national supérieur.

Le message le plus important demeure que justice et tolérance ne sont pas opposées, mais constituent bien les deux piliers sur lesquels repose l'État moderne : la justice qui protège les droits et préserve le prestige de la loi, et le pardon qui ouvre les portes de l'espoir, renforce la sérénité et affirme que la tolérance, lorsqu'elle est exercée avec force et discernement, reste l'une des formes les plus nobles d'une gouvernance éclairée.

Par Mokhtar Ould Khayya

Conseiller politique du président du Parti El Insaf au pouvoir.