La candidature de Coumba Bâ au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie dépasse la seule ambition d’un pays. Elle porte la voix de la Mauritanie, mais elle peut surtout offrir à l’OIF ce dont elle a besoin aujourd’hui : le dialogue, l’équilibre et la capacité à rapprocher ce qui paraît éloigné.
Officiellement présentée par Nouakchott en avril 2026, Coumba Bâ dispose d’une expérience ministérielle, diplomatique et multilatérale qui donne à sa candidature une réelle épaisseur. Elle est également envoyée spéciale du Président de la République auprès de l’OIF.
Mais son principal atout est peut-être ailleurs : elle est une femme du juste milieu.
Mauritanienne par l’histoire et la culture, africaine par l’appartenance, sahélienne par la géographie, arabe et maghrébine par son environnement, francophone par la langue et l’expérience institutionnelle, Coumba Bâ incarne naturellement cette position de carrefour qui est précisément celle de la Mauritanie.
À l’heure où l’espace francophone est traversé par des lignes de fracture, cette capacité à parler à plusieurs mondes n’est pas un détail. Elle peut devenir un avantage stratégique. Entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb, entre l’Afrique de l’Ouest et le monde arabe, entre les cultures et les sensibilités, Coumba Bâ peut être la candidate du pont plutôt que celle du clivage.
C’est aussi ce qui donne à sa candidature une dimension politique particulière. L’OIF n’a pas besoin d’un secrétaire général supplémentaire enfermé dans une logique de blocs. Elle a besoin d’une personnalité capable d’écouter, de négocier, de construire des compromis et de redonner à la Francophonie une capacité d’action.
Et sur ce terrain, la Mauritanie arrive avec des arguments solides.
La diplomatie proactive conduite par le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a produit, ces dernières années, plusieurs résultats spectaculaires. En mai 2025, Sidi Ould Tah a été élu à la présidence de la Banque africaine de développement avec plus de 76 % des voix. En août 2026, Ismail Ould Cheikh Ahmed a été élu à l’unanimité secrétaire général de l’OCI, après le retrait de plusieurs candidatures concurrentes.
Ces deux succès ne garantissent évidemment pas celui de Coumba Bâ. Mais ils témoignent d’un capital de confiance dont la Mauritanie peut légitimement se prévaloir. Ils montrent surtout que Nouakchott sait désormais construire des candidatures, fédérer des soutiens et rechercher le consensus au-delà de ses frontières.
C’est précisément le sens que pourrait prendre le choix de Coumba Bâ : une candidature de consensus, une candidature d’équilibre, une candidature qui ne vient pas conquérir la Francophonie mais la rassembler.
La « Grande Royale », figure emblématique du dialogue et de la sagesse dans l’imaginaire ouest-africain, pourrait ainsi trouver une incarnation contemporaine dans cette diplomate mauritanienne appelée à porter une ambition qui dépasse son pays.
À l’OIF, le moment est peut-être venu de choisir le juste milieu. Et le juste milieu pourrait avoir un nom : Coumba Bâ.
Sneiba Mohamed

