Par Nouh Mohamed Mahmoud
*Tribune d’opinion | Le commandement militaire entre fidélité à l’institution, équité et responsabilité nationale*
Le véritable commandement militaire ne se mesure ni à la fréquence des apparitions dans les médias ni à la multiplication des déclarations publiques. Il se juge plutôt à l’empreinte qu’il laisse dans l’esprit des hommes, ainsi qu’à la discipline, à la justice et au patriotisme qu’il cultive au sein de l’institution dont il a la charge. C’est sous cet angle que peut être appréhendée l’approche du général de division Mohamed Fall Ould Er-Raïs, chef d’état-major général des armées, dont le style de commandement mérite d’être examiné à la lumière de la sérénité, de la fidélité à la mission confiée et du souci de préserver la cohésion de l’institution militaire tout en renforçant le sentiment d’appartenance à celle-ci. Depuis sa prise de fonctions à la tête de l’état-major, il importe de considérer le commandement militaire comme une responsabilité qui dépasse la gestion des unités et des équipements. Il s’agit également de bâtir la confiance entre les différents grades et de faire prévaloir le sentiment que l’armée constitue une seule et même institution nationale, réunissant officiers, sous-officiers et soldats sous le signe du devoir commun. Cette institution doit demeurer un cadre protecteur pour l’ensemble de ses membres, sans que les différences de grades et de responsabilités ne fassent obstacle aux principes d’équité et d’égalité des chances.
1. La justice au sein de l’armée : fondement de la discipline et force de l’institution
Compte tenu de la nature de ses missions et de la sensibilité de ses responsabilités, l’institution militaire a besoin d’un commandement conscient que la discipline ne repose pas exclusivement sur les ordres et que la loyauté ne se forge pas par la peur. Elle se renforce lorsque chaque militaire sait que ses droits sont préservés et que les critères de promotion, d’affectation et de reconnaissance sont fondés sur le mérite, la compétence et la discipline, à l’abri des considérations personnelles et des logiques de proximité ou d’éloignement. C’est pourquoi les valeurs de justice et d’équité occupent une place particulière dans l’exercice du commandement militaire. L’officier dont l’engagement est reconnu, le sous-officier qui sait ses efforts appréciés et le soldat qui comprend que ses sacrifices ne sont pas relégués au second plan dans les préoccupations de l’institution constituent autant de maillons complémentaires de la chaîne de défense de la patrie. L’armée n’est pas simplement une juxtaposition de grades. Elle est une communauté de destin et d’objectifs, au sein de laquelle les responsabilités se complètent et les rôles se répartissent. Plus la justice s’enracine dans les rapports professionnels, plus la confiance entre le commandement et les subordonnés se consolide. La discipline cesse alors d’être une simple obéissance aux instructions pour devenir une conviction profonde quant au caractère sacré de la mission nationale. La justice ne signifie pas que tous doivent bénéficier des mêmes responsabilités et des mêmes avantages, indépendamment de leur grade et de leurs compétences. Elle suppose plutôt l’application du droit militaire à tous, le respect des droits de chacun, la reconnaissance fondée sur le mérite et la recherche d’un juste équilibre entre les exigences du service et la dignité des membres de l’institution.
2. L’armée, une seule tente nationale
L’une des convictions essentielles qui doivent habiter tout chef militaire est que l’armée constitue une seule tente nationale, sous laquelle se rassemblent tous ses membres et qui les unit autour d’une même vocation : défendre la République, protéger son intégrité territoriale et préserver la sécurité de ses citoyens. La solidité de cette tente ne repose pas uniquement sur les équipements et les armements, aussi importants soient-ils. Elle dépend également de la cohésion des hommes, de la clarté de la mission et de la confiance réciproque entre le commandement et les militaires. Les équipements les plus modernes ont besoin de personnels qualifiés ; ces personnels ont besoin d’une institution juste ; et une institution juste a besoin d’un commandement qui place l’intérêt national au-dessus des calculs étroits. Dans cette perspective, il incombe au général Mohamed Fall Ould Er-Raïs de poursuivre la consolidation d’un environnement professionnel propice à l’esprit d’équipe et de faire en sorte que l’appartenance à l’armée soit une source de fierté pour chaque militaire, quels que soient son grade et la nature de la mission qui lui est confiée. Les soldats déployés sur les positions avancées, les officiers chargés de la planification et du commandement, ainsi que les sous-officiers, maillons essentiels de l’exécution et de l’encadrement, sont tous dépositaires de la même mission. Aucun dispositif de défense ne saurait atteindre son niveau optimal d’efficacité si certains de ses membres ont le sentiment d’être laissés en marge de la considération due à chacun ou si leurs efforts ne reçoivent pas la reconnaissance qu’ils méritent.
3. Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani et l’armée : vision du commandement et responsabilité de la construction
Le développement des forces armées mauritaniennes ne peut être analysé indépendamment de la responsabilité du chef suprême des armées, Son Excellence le Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani, qui a acquis une solide expérience militaire et institutionnelle avant son accession à la magistrature suprême et qui, conformément à la Constitution, exerce le commandement suprême des forces armées. Cette responsabilité revêt une importance particulière dans l’orientation de l’institution militaire vers le renforcement de ses capacités, l’amélioration de son niveau de préparation, le développement des compétences de ses personnels et la modernisation de ses équipements, en adéquation avec les défis sécuritaires et géographiques auxquels la Mauritanie est confrontée dans un environnement régional instable. Au cours des dernières années, la Mauritanie a accordé une attention particulière au développement de ses capacités militaires et sécuritaires. Cette dynamique doit être appréciée à l’aune de critères précis : niveau d’équipement, qualité de la formation, état de préparation opérationnelle, capacité de surveillance des frontières et de lutte contre les menaces, efficacité dans l’utilisation des ressources et aptitude à faire face à l’évolution des risques. Il importe, à cet égard, de distinguer la reconnaissance des efforts accomplis des affirmations catégoriques concernant le classement de l’armée mauritanienne à l’échelle régionale. La puissance militaire ne se mesure pas au seul volume des équipements. Elle dépend également de la qualité de la formation, de la disponibilité opérationnelle, de la compétence du commandement, ainsi que de la capacité à entretenir les matériels et à les employer efficacement. Le renforcement des capacités nationales de défense demeure néanmoins une nécessité stratégique. Il ne relève ni de l’apparence ni de la démonstration de force, mais de la capacité de l’État à protéger sa souveraineté, à préserver sa sécurité et à garantir sa stabilité.
4. Ould Er-Raïs : la sérénité du commandement face au poids de la mission
À la tête de l’état-major général des armées, un chef militaire n’a pas nécessairement besoin d’être présent à chaque manifestation médiatique pour faire mesurer l’étendue de ses responsabilités. Certaines missions ne tolèrent ni agitation ni tapage ; certaines décisions exigent une appréciation rigoureuse ; et certaines responsabilités imposent à celui qui les assume de privilégier les résultats de l’action plutôt que la mise en valeur de sa propre personne. Sous cet angle, le style de commandement serein du général Mohamed Fall Ould Er-Raïs peut être compris comme une manière d’assumer ses responsabilités fondée sur la primauté du devoir, le respect de la chaîne hiérarchique, le suivi de l’exécution des directives et la priorité accordée aux exigences de l’institution militaire plutôt qu’à la visibilité personnelle. Le commandement serein ne signifie pas l’absence de fermeté. De même, le fait de rester à l’écart des projecteurs ne constitue pas, à lui seul, une preuve de réussite. La valeur de cette approche se confirme lorsqu’elle se traduit par une amélioration de la préparation opérationnelle, de la qualité de la gestion, du moral des militaires, du respect des règles du mérite et de l’obtention des résultats attendus par la nation. C’est là que se précise la responsabilité du chef d’état-major : traduire les orientations supérieures en plans réalisables, garantir l’affectation des moyens aux missions de défense, préserver la discipline professionnelle et faire de la protection de l’intégrité territoriale une responsabilité quotidienne plutôt qu’un slogan de circonstance. La fidélité à la mission confiée par le Président de la République ne saurait, par ailleurs, se réduire à la loyauté personnelle. Elle se manifeste avant tout par le respect de la Constitution, l’application de la loi, la préservation de la neutralité de l’institution militaire et l’accomplissement des missions assignées avec compétence et sens des responsabilités.
5. La véritable fidélité se mesure aux résultats
Évoquer le commandement du général Ould Er-Raïs conduit à une réflexion plus large que la seule personne du chef : celle de la relation entre le commandement militaire et son institution, entre la responsabilité et la confiance, entre l’autorité et le devoir. Un chef qui réussit est celui qui laisse derrière lui une institution plus soudée, des hommes mieux préparés, une administration plus rigoureuse et des règles d’équité et de responsabilité plus clairement établies. Il comprend que sa réussite ne se mesure pas à sa proximité avec le décideur, mais à sa capacité à protéger l’institution contre les dysfonctionnements, à développer ses capacités, à préserver la dignité de ses membres et à atteindre les objectifs nationaux qui lui ont été assignés. L’équité ne saurait être pleinement réalisée sans responsabilité ; la reconnaissance ne peut être dissociée de l’évaluation ; et la fidélité ne dispense pas d’un examen objectif des résultats. Une institution militaire forte est celle qui récompense le mérite, corrige les erreurs, place l’intérêt général au-dessus des considérations individuelles et puise sa force dans la confiance que l’État et la société accordent à son professionnalisme et à son état de préparation. Ce sont ces critères qui confèrent au commandement militaire sa valeur durable et permettent à son influence de dépasser la période d’exercice des fonctions pour s’inscrire dans les traditions professionnelles qu’il laisse en héritage.
6. Conclusion : le devoir envers la patrie vaut davantage que les projecteurs
La Mauritanie, confrontée à des défis sécuritaires et à des responsabilités de défense liées à sa situation géographique, a besoin d’une armée bien équipée, soudée dans ses rangs, juste dans son fonctionnement, attachée à une doctrine nationale clairement définie et préservée de tout ce qui pourrait affaiblir sa discipline ou la détourner de sa mission constitutionnelle. Sous le commandement suprême de Son Excellence le Président Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani, le chef d’état-major général des armées, le général Mohamed Fall Ould Er-Raïs, assume une lourde responsabilité. Celle-ci exige de concilier le développement des capacités militaires, l’enracinement de la justice, le renforcement de la discipline, la préservation du moral des troupes et la protection de l’institution militaire, qui appartient à la nation tout entière. Le plus grand service qu’un commandement militaire puisse rendre à la patrie n’est pas de multiplier les discours sur ses réalisations. Il consiste à faire en sorte que chaque officier, chaque sous-officier et chaque soldat se sente membre d’une institution qui le respecte, lui rend justice, croit en ses capacités et lui assigne un devoir auquel aucun autre ne saurait être supérieur : maintenir la Mauritanie en sécurité, préserver sa souveraineté et garantir que son armée demeure unie dans sa mission, fidèle à la Constitution et prête à défendre son territoire et son peuple. La valeur de la mission confiée aux chefs ne se mesure pas aux privilèges attachés à leurs fonctions, mais aux droits qu’ils préservent, à la confiance qu’ils construisent et à l’empreinte qu’ils laissent dans les hommes et les institutions. Telle est la véritable valeur d’un commandement serein : agir avec dévouement, loin du tumulte, et laisser à la nation des résultats suffisamment probants pour que tous puissent en parler.

