L'alternance démocratique authentique suppose le transfert pacifique du pouvoir à l'opposition par la souveraineté des urnes. Pourtant, la trajectoire politique mauritanienne illustre une réalité tout autre : celle des transitions contrôlées, où le pluralisme n'est qu'une façade. Pour perpétuer son hégémonie, le système coopte des figures perçues comme dociles ou apolitiques. L'appareil administratif et les structures traditionnelles sont alors mobilisés pour imposer ce candidat du consensus oligarchique, assurant une victoire étriquée mais décisive dès le premier tour. Ce mécanisme consacre la continuité d'un système sous des visages changeants, favorisant l'émergence d'une classe de nouveaux riches par des pratiques de gabegie institutionnalisée.
Ce blocage structurel repose sur trois piliers : le déficit d'instruction publique qui fragilise la conscience citoyenne, la persistance du réflexe tribal érigé en matrice politique, et l'asphyxie financière programmée des partis d'opposition. Les précédents de 2007, avec l'avènement de Sidi Ould Cheikh Abdallahi orchestré par le comité militaire, et de 2019, avec l'élection de Mohamed Ould Ghazouani, partagent la même logique de neutralisation de l'alternance. Aujourd'hui, la récurrence de ce scénario menace de replonger le pays dans l'instabilité chronique. Face à cette impasse systémique, la nécessité d'une refonte profonde — une véritable « opération chirurgicale » des institutions et des mentalités politiques — s'impose comme une urgence absolue pour éviter la rupture sociale.
Lebatt Oud Eytah
Directeur général de radio Koubeni
Les mirages de l'alternance en Mauritanie : Radiographie d'une démocratie de façade

