Cogito : Cher Pays virtuel (2ème PARTIE)

jeu, 14/09/2023 - 21:19

Par Chbih Cheikh Mélaïnine, ancien ministre, économiste et penseur

Suite de la 1ère Partie de la réflexion sur la Mauritanie de ses rêves, celle qu’imagine, l’ancien ministre, économiste et penseur, Chbih Cheikh Mélaïnine. Dans cette partie, il aborde deux secteurs importants de l’économie : la Pêche et l’Elevage.

Le pays de mes rêves a été diabolisé et me donne une trouille bleue ... ainsi qu'à mes compatriotes désemparés. Il se consume, comme de la paille en feu. La misère, la paupérisation programmée, la concentration et la confiscation des biens, des revenus, la corruption, l'arbitraire sans gants, le bradage des ressources, le chômage endémique, la crise des valeurs, l'absence de repères et la dépravation...

Tous les indicateurs de la décadence et la défiguration sont au rouge et chaque jour que Dieu fait trimballe d'autres malheurs. Je cherche sans espoir de trouver le CHINGUIT des Emirs et le FOUTA des Almamy, mariés depuis l'aube des temps. Ce couple dont l'harmonie témoignait d'une joie et d'un désir affiché de bien "vivre ensemble"... défendait les 2 facettes culturelles d'un dogme Malékite avec une soif de répandre l'Islam dans la région.

Devant l'impossibilité de comprendre cette incapacité d'ériger un état et devant cet abandon de notre mode de coexistence...je me suis réservé, clandestinement, le devoir de simuler une Mauritanie à mes goûts... Cette Mauritanie est réalisable sur le plan économique et sur le plan politique...le social découlera comme résultante, en favorisant un retour à nos valeurs séculaires de vraie solidarité et de clémence.

La pêche

Ce secteur vital doit être repris en main pour servir le pays et ses citoyens. En effet, depuis les tentatives dont les succès relatifs ont permis une réappropriation de la mer, toutes les politiques ont été des échecs " programmés"... Les timides, mais souveraines réformes des années 80 se sont essoufflées dès la fin de la décennie sans être réarmées. Une approche pour revitaliser le système devait permettre un changement de type qualitatif... La relance devait privilégier :

 - la gestion des stocks, de toute l’exploitation de notre Zone Economique Exclusive (ZEE), la redéfinition des outils de production, le produit et un aménagement des pêcheries ;  

- Elaboration d'une carte de l'exploitation de la ZEE de 200 Miles (zones de pêche, zones de transport maritime et zones d'exhaures pétrolières et gazières, zone de dessoutage).

- Passage vers une transformation du produit qui est dévalorisé par la simple congélation qui n'est qu'un système de conservation délattant le Prix par rapport au produit frais ou élaboré ;

- Remplacement progressif des chalutiers par des senneurs et des palangriers...et entrée en service de catamarans plus stables et plus productifs ;

- Réservation de la pêche côtière aux Artisanaux et aux embarcations de moins de 300 CV ;

- Réservation de la pêche industrielle aux sociétés de droit mauritanien, en bannissant tout exploitant étranger ;

- Arrêt à terme des usines de production de farine de poissons. Le gavage de saumon de pisciculture en Europe ne peut justifier la destruction de la biomasse de nos stocks de poissons. Pour nourrir un saumon et amener son poids à 1 Kg, il faut 7 Kg de farine ; et pour fabriquer 1Kg de farine, il faut 5 Kg de poissons frais.

- Dénonciation immédiate de tous les accords de pêche, facteurs essentiels et leviers de destruction de cette ressource...quitte à étudier un schéma de remboursement assurant la récupération de l’investissement engagé, déflaté des recettes déjà obtenues et nationalisation des investissements phasiques...

- Renforcement et soutien de la pêche artisanale, en cessant de l'assimiler à un système d'activité archaïque, au moment où tous les progrès technologiques du secteur s'orientent vers la pêche côtière.

 

L’élevage

Appréhender l’élevage comme un secteur intégré du tissu d’une économie, c’est le défigurer et choisir la facilité. Il ne s’intègre pas de soi dans un tableau d’échange inter- industriel.

Cette approche statique est très restrictive et finit par occulter beaucoup de paramètres, rendant toute action de développement vaine. Il faut reconnaître que l’élevage est un mode de production autonome, spécifique et dynamique.

Autonome, car indépendant spécifique. Il ne ressemble à aucun autre et dynamique, car il est cyclique (Cheptel /SECHERESSSE).

L’élevage est caractérisé par la nature de la production, l’outil de production, et la confusion entre l’unité de gestion et l’unité de consommation (le campement). Les sous-produits n’étant pas accumulables, l’appropriation est non privative, car il n’y a pas d’échange dans le campement.

La croissance positive ou négative de la richesse, se traduit par la variation physique du cheptel. L’augmentation du cheptel, au-delà d’un optimum, se traduit toujours par un phénomène de scissiparité divisant le campement en deux, sans aliéner sa propriété.

C’est une économie dynamique qui connaît des cycles, non confondus mais décalés (« lagués »), par rapport aux cycles de sécheresse. L’intégration économique de ce secteur passe par la magie de la monétisation.

 En effet, elle permet de passer d’une appropriation communautaire (jouissance / usufruit), à une appropriation privative de l’outil de production. Les propriétaires pouvant accumuler, il fallait s’attendre à une restructuration paupérisante du campement et à un exode vers les villes.

Le produit dont la jouissance était quasi communautaire, devient une marchandise. Une partie du campement se transforme en possesseur, une partie en ouvrier - éleveur, et une troisième partie (lumpen prolétariat) sera éjectée du processus et ira vers les villes.

Ce phénomène n’est pas automatique ; il se constate sur une période variant de 5 à 10 ans, mais il peut s’accélérer dans une période de sécheresse ; ce qui donne un argument fataliste au propriétaire pour se débarrasser des parasites.

 Le nomade peut être piégé pour favoriser son intégration, par :

- Forages d’eau sur les circuits des pâturages

 - Suivi sanitaire et phyto -sanitaire

- Aires de marquage et de vaccination.

- Gestion rationnelle des pâturages

- Amélioration des espèces

- Financement dans la période de soudure ( 3 mois )

-Unités d’aliments de bétail adaptées

- Identification de la demande et sa segmentation

 - encouragement de la demande pour l'industrie et l’exportation.

- Localisation du réseau de l’industrie agro-alimentaire, pour épouser les contours des aires de nomadisation (laiterie, tannerie, abattoir)

 -Transformation de l’éleveur en producteur essentiel, offrant des imputs pour l'industrie.

 - Segmentation de l’offre en fonction des marchés, par une normalisation tenant compte de l’âge de l’animal.

- Limitation des procédures de contrôle avec Information et vulgarisation par radio et autres supports de NTIC

-Assistance en aliments de bétail en fonction du nombre de têtes par campement pour moitié, et au nombre de têtes vendues l’année précédente sur un marché agrée pour moitié.

 La vente des produits sur pied était, non seulement, un moyen de conservation de la viande, mais aussi une façon de suppléer au transport.

- La commercialisation des animaux passera par une analyse du marché, de sa tendance et enfin par la restructuration de la demande.

On distingue selon l’importance, en ordre croissant, quatre types de marchés assez bien structurés :

 - Petits marchés de collecte (vente par tête) dans les zones de nomadisation.

- Marchés de regroupement entre les zones pastorales et les zones agricoles.

- Marchés d’exportations (Région).

 - Marchés « d’abattoir », situés dans les agglomérations urbaines.

La mauvaise politique de répartition des forages, par les autorités, non conformes aux circuits des pâturages renforcent les risques de désertification et nous privent de grandes aires de pâturages sans eau.  Il faut optimaliser l’exploitation des pâturages et créer des fermes d’embouche.

Les leviers de la politique de l'élevage : LA BOURSE et LE FONDS DE PROMOTION.

 Le choix d’une BOURSE relève de plusieurs impératives, dont le plus important est la formalisation d’une partie de la demande sans désarticuler le système commercial, ou éliminer des intervenants.

L’objectif est de créer un outil à un niveau supérieur à celui du marché de collecte. Cet outil vient se positionner là ou s’arrête actuellement les informations, qui, après la collecte disparaissent dans l’abîme de l’informel :  

- Opacité des opérations d’exportation, des prix et des formes de paiements

-Sous - déclarations des quantités sous informations sur les revenus et les valeurs. Pour éviter que la bourse remplace certains marchés et détruise des emplois, nous avons préconisé d’alourdir les conditions d’accès :

- Offre minimale par espèce et par catégorie d’âge, par poids minimal, par genre, avec contrôle de qualité...

Ce marché sélectif servira à formaliser une partie importante des activités principales (exportations et sous-produits industriels), tout en imposant un label pour les Sous-produits (Viande , Peaux, cornes ,laine ongles, gélatine …).

La bourse est appuyée par des laboratoires, des brokers, des ranchs d’embouche et un fonds de développement et de financement de l’économie Pastorale. La liquidité disponible incitera à l’emploi des bourses par les opérateurs. La bourse, monopsone/collecteur, à intervenants multiples, s’autofinancera par le prélèvement de 3 à 5 % sur les transactions.

Une structure technique de gestion de bourse doit être crée sous forme d’office public Autonome. La mission sera :

 -Permettre la vente de produits sélectionnés destinés à l’exportation et aux intrants de l’industrie d'abattage.

-Imposer un label

-Assurer la transaction matérielle (Opérateurs, Fonds)

- Etablir des statistiques détaillées

 -Gérer le portefeuille des acheteurs en fonction de leur crédit disponible.

Un FONDS de promotion de l’ELEVAGE et des PRODUITS d’ELEVAGE assurera le financement des activités de production et de Commercialisation sur les Marchés (local et extérieur).

Le FONDS doit être régionalisé, avec des Conseils de Crédits Régionaux pour segmenter les crédits par région, et pour assurer les financements locaux, évitant des privilèges clientélistes à des éleveurs d'autres régions.

L’intégration de l’élevage à l’économie Moderne passe par la MONETISATION et la transformation des sous-produits en INTRANTS (Input) pour l’industrie.

La production animale, male encadrée et sans approche stratégique peut se saborder en empruntant un chemin d’intégration anarchique...

Aujourd'hui, l'éleveur établit ses prix de vente en fonction de la quantité de biens que lui rapporte une tête de bétail. À chaque vente, la hausse des prix l'oblige à ajuster ses prix...

A ce rythme, le Kilogramme de viande importé de La nouvelle Zélande coûtera moins cher sur notre marché... Occasion que ne manqueront pas d'exploiter nos véreux commerçants sans se soucier des éleveurs. –